Découvrez des fragments

Je vous invite, à travers ces quelques fragments de mes écrits, extraits de textes personnels ou sur commande, à découvrir mon univers littéraire.

Mon style vous plaît ? Vous avez envie ou besoin d’un texte qui se démarque et que l’on remarque positivement, qu’il soit personnel ou professionnel ?

Alors prenez contact avec moi, c’est sans engagement, juste un premier pas…

Textes sur commande

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Demande en mariage

Stéphanie je t’aime,

Et cet amour sincère par toi reconnu – et je le ressens, partagé – est en passe de me donner une audace que je n’aurais jamais imaginée.

Pour dire vrai il ne s’agit pas tant d’une audace d’acte que d’un dépassement de toutes mes affirmations enfantines pour te faire cette demande dont je sais qu’elle va bousculer nos vies.

Stéphanie veux-tu m’épouser ?

Ce qui signifie : veux-tu comme moi mêler nos destins de vie, construire dans un quotidien un environnement propice à une petite famille ?

As-tu comme moi le désir que nous soyons piliers l’un pour l’autre ? Piliers et tremplins, points d’éternel retour et merveilleuses bases de lancement ?

Accepter qu’il n’y ait plus tes désirs et mes désirs mais nos enthousiasmes, tes problèmes et mes problèmes mais nos solutions, tes peurs et mes peurs mais notre courage, tes plaisirs et mes plaisirs mais nos joies amplifiées par celles de l’autre ?

La réponse à ces questions sera la réponse à ma seule interrogation du jour :

Stéphanie, ma tant chérie, veux-tu devenir ma femme ?

Hommage à un papa décédé

La mort est une tempête qui brise les géants
Quand les arbres à genoux ne retiennent plus le vent
Ne restent que le vide et les larmes et le froid
L’incompréhension sotte d’un monde sans foi ni loi

A moins, à moins de faire le choix beau et joyeux
D’honorer dans la fête celui qui est parti
De faire jaillir en nous les souvenirs heureux
Et de faire que nos rires lui soient un paradis

Gaston s’en est allé et Gaston est présent
Chacun de nous ici s’en rappelle dans l’instant
Qui de ses homériques et bruyantes colères
Qui de son cœur d’ami, qui de son cœur de père

On lui connaît mille vies il en a eu deux mille
Pied noir en Algérie une baguette à la main
Orchestrant la musique et traçant son chemin
Survivant à trois guerres sans se montrer servile

Forgeant dans ces bourrasques un foutu caractère
Beaucoup trempé au miel, un peu trempé au fer
Fonceur impénitent, courageux travailleur
Révélant les plus grands, apprenant aux meilleurs

Le génie des artistes jamais ne lui fit ombre
Tant il se nourrissait du talent et des dons
Sachant différencier le génie du poltron
Et dire sans hésiter qui sortirait du nombre

Créateur de génie porté par la passion
Exigeant en travail, généreux en amour
Gaston c’était tout ça, un volcan en fusion
Ecoutez-le qui rit de mon bête discours

Et riez vous aussi du fait d’être vivant
Car c’est lui rendre hommage que d’offrir nos gaietés
Comme ultimes compagnes à son éternité
Puisque rire avec lui c’est le garder vivant.

Discours de mariage pour une épouse

Je n’ai pas le verbe d’un Goldman tu le sais
Ni la fortune ni la prestance des hommes de Voici
Ne suis pas New Yorkais, ne goûte que peu Gucci
Mais je t’aime d’un amour qui vaut tous les succès

Entends bien ma princesse, entends bien que je t’aime
De tout ce toi profond d’indomptables beautés
De tes rires sonores et de tes matins blêmes
De ta peur candide devant une araignée

Depuis que je te sais j’ai au dedans de moi
Et qui vibre et qui danse bien plus qu’un cœur qui bat
Un soleil gigantesque que toi seule sait nourrir
Tu m’es source de vie, fontaine de plaisirs

Merci pour ton amour, merci pour nos enfants
A être ma compagne merci pour ton talent
Nos escarmouches c’est vrai ne font guère plus de bruit
Que des pétards de gosses, l’insolente mousqueterie

Les merles savent rire l’existence du jour
Je t’ai connue de nuit mais je chante à mon tour
Dix mille Te Deum et mille Alléluia
Qu’importe si Dieu existe si tu es près de moi
Je me crois à l’abri de toutes les misères
Comme la lente agonie d’un mariage ordinaire 

Tu étais une Meyer et te voilà Bruat
Et te voilà ma Reine toi qui me prends pour Roi
Que cette bague à ton doigt, ce bijou à ma main
Par-delà le symbole sache nous faire heureux
Nous nous aimions hier nous nous aimerons demain
Et durera la joie le temps de ce grand feu

Noces d'Or

Le mariage dit-on est un cadeau sacré
Que les dieux firent aux hommes excluant les curés
Sans que nul puisse dire sans fort risque d’erreur
A qui fut ainsi fait un traitement de faveur

La question restera en suspens éternel
Tantôt mariage est poivre, tantôt mariage est miel
Mais la grâce toucha 50 ans en arrière
Nos hôtes de ce soir en habits de lumière

Le premier consentement fut de nature civile
Lors donc Sophie Conrad devient madame Kohler
Quand 2 oui font un nom à l’encre indélébile
Furtif premier baiser devant Monsieur le maire

Bien vite l’on se retrouve en des lieux plus sacrés
Mariage d’Eglise pour le meilleur et pour le pire
Formule lapidaire, formule consacrée
Qui ouvre le grand livre d’une famille à vivre

Si pire il y a eu je n’en fus guère curieux
A tout le moins j’affirme en ce festif soir
Avoir bon gré mal gré perdu toute mémoire
De possibles querelles qu’on dira d’amoureux

N’en faisons pas mystère, le meilleur ce fut nous
Progéniture belle, deux filles pour un garçon
Ou alors un garçon pour deux filles c’est selon
Ne fut-ce que pour ça, cela valait le coup

En ces temps si lointains il fallait un papa
Il fallait une maman pour réussir la chose
N’avait pas cours encore PMA, GPA
Admettons sur le coup qu’ils furent virtuoses

 

Il y eu des maisons, il y eu des projets
Des renoncements parfois et de dignes succès
Il y eu fêtes et drames, il y eu des voyages
La vie qui se déroule pousse aux pèlerinages

Les amitiés aussi prirent plus grande place
Et certains dans la salle témoins du premier jour
Savent leur fidélité à une même paroisse
Pour eux aimer une fois c’est aimer pour toujours

Amis, famille, travail furent leur ciment de couple
Bien plus qu’un thé trop tiède ou bien qu’un repas froid
Du quotidien ils surent déjouer l’entourloupe
La pratique chaque jour et non seulement la foi

La durée d’un mariage n’en fait pas la valeur
Si ce n’est pour ces fous qui en ont fait le choix
Ne ramenons pas tout aux questions de longueurs
Mais sachons être heureux du bonheur de ceux-là

50 alexandrins pour 50 ans d’union
Pour ce petit miracle sur 2 siècles à cheval
Posons nos verres amis et dans nos mains tapons
En l’honneur de ce couple qui a touché le Graal

A vous Sophie et Pierre vont nos applaudissements
En amour pour le moins vous fûtes des géants…

Remerciements pour un cadeau

Mes très précieux amis,

Je crois que vous ne mesurez pas combien votre cadeau pour mon anniversaire m’a ébranlé en profondeur… Au point de me réveiller cette nuit à ne pas pouvoir me rendormir !

Si l’objet en lui-même ne peut que me faire plaisir, le geste est pour encore bien davantage dans l’émotion ressentie.

Je n’avais pas pris la pleine conscience de l’amour que vous me portez, et pour dire vrai je n’en reviens toujours pas tout à fait. Non que je m’en juge indigne, je vous mentirais en disant douter de ma valeur profonde, mais avoir su vous l’inspirer à ce point, voilà qui me sidère et m’a presque laissé sans voix.

La générosité dont vous avez fait preuve, je devine en termes financiers le nombre de petites options que cela représente par exemple pour le nouveau jouet de Philippe, m’a littéralement bouleversé.

Mon premier réflexe a presque été de dire « non, c’est trop, fallait pas », mais je me suis surpris à préférer accueillir une larme sur ma joue plutôt que ces bêtes paroles qui ne sont pas moi.

Si vous l’avez fait c’est qu’il le fallait, c’est que c’était juste pour vous, et moi je n’ai qu’à accueillir la merveille de l’illustration de qui nous sommes les uns pour les autres, de qui je suis pour vous.

Ce matin lorsque j’ai vu le bel objet dans ma cuisine j’ai eu, comme dirait mon ami Philippe, les poils. Pour de vrai ! Et c’est rare chez moi, vraiment très très rare, je ne me souviens pas même que cela me soit déjà arrivé…

Vous m’avez offert une leçon d’amour, et c’est de cela plus que d’un extracteur de jus que je veux vous remercier infiniment. Infiniment signifiant de manière définitive parce que je n’oublierai pas…

Alors merci de tout mon être et pas seulement de mon trop petit cœur, merci de toute mon intelligence que vous avec comblé elle aussi, merci de tout ce moi qui vous aime d’une profondeur toujours renouvelée et toujours en devenir…

Ma compagne, par sa délicatesse et sa patience, m’a réouvert depuis peu à l’acceptation de l’amour d’autrui, et vous vous êtes engouffrés dans la brèche avec puissance et délicatesse.

Merci et je vous embrasse, non avec quelques bisous mais de tous mes bras. C’est le sens véritable du mot embrasser, prendre contre soi pour témoigner d’une absolue proximité affective, oui c’est comme ça que je vous embrasse !

Je vous aime depuis longtemps mais là je veux vous le dire avec une forme de solennité, je vous aime et c’est bon, merci surtout pour ça…

Cérémonie d'obsèques

Depuis ce terrible accident qui t’avait rendue invalide, j’avais pris l’habitude de te présenter comme ma demi-sœur puisque seule la moitié de toi fonctionnait encore.

Nous avons souvent ri de bon cœur à cette plaisanterie qui choquait parfois les biens pensants…

Aujourd’hui j’observe autant que je ressens combien tu as toujours été et combien tu es infiniment ma sœur toute entière et pour toujours.

Combien tu occupes tout le dedans de moi, combien tu me fertilises et m’irrigues de tout ce que tu as été et de tout ce que tu es.

Nous avons souvent partagé notre amour des mots et de la littérature. Tu savais me flatter sur mes propres compositions et me donner l’envie de creuser plus avant le modeste sillon de ma création.

Pour cela et pour l’énergie que tu m’insuffles aujourd’hui plus qu’hier, pour celle que tu as été et pour celle que tu ne cesses pas d’être, je t’offre dans l’instant, même si ça ne se voit pas forcément, la pleine étendue de ma joie et de ma gratitude.

Aucun individu et aucun évènement ne sera jamais en mesure d’empêcher les fleurs de répandre leurs parfums, tout désormais sent bon de toi dans l’univers…

Textes personnels

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~ Poésie

J'ai voulu te saisir !

J’ai voulu te saisir mon amour, tu t’es évaporée
J’ai voulu te prendre, tu t’es dispersée
J’ai voulu te retenir, tu t’es volatilisée
J’ai voulu te posséder, ultime dérobade, tu t’es désincarnée
Et mes deux tristes mains et ma bouche affreuse
Caressèrent alors le vide insupportable de ce monde sans toi
Enfin à la nuit revenue je me suis offert
Dans un large baizer à ta splendeur de femme
Et toi profitant de la clarté de la lune tu t’es donnée
Embrassons-nous mon amour
Embrassons-nous…

La vie des hommes est brève

La vie des hommes est brève
Comme celle des papillons
L’on vient au monde sans faire exprès
Fruit de la chaleur sauvage
De deux bas ventres qui s’épousent
Puis nous glissons dans l’habitude
Empêtrés dans les lianes de l’espérance
Fidèles à notre instinct, debouts
Ainsi que des oiseaux qui ne sauraient voler
Et puis s’en vient la mort
Brutale toujours à l’improviste
Sans compromis ni rémission possible
Entre ces deux profondeurs
D’un au -delà obscur et méconnu
Il y aura eu toi et moi
Et l’étincelle blanche d’un amour éternel
Qui ne durera pas
Peut être…

Toi seule a le pouvoir

Toi seule a le pouvoir de fructifier ma joie
Tu n’es pas sans savoir que je te sais qui sais
Et ce jeu de miroirs toi ma reine moi ton roi
Ebloui ce matin des couleurs du secret

Comme un enfant avide d’aventures et voyages
Je dédaigne la nuit et rêve tout le jour
Stoïque et vaniteux en cette modeste cage
Où me maintiennent les liens d’un aussi vaste amour

Enkystée dans ma chair sous une blessure vermeille
Tu as pris place en moi de toute éternité
Ta présence insolente me fait tenir en veille
Tu peux sentir qui bat mon cœur multiplié

Il est doux dès l’aurore d’exhaler un soupir
Dont le mystère ne tient qu’à penser que peut être
Ton souffle avant le soir m’offrira de dormir
Ouvrant grand sur le monde une infinie fenêtre

Vivre est une île

Vivre est une île dérisoire et tranquille

Peuplée de monstres indicibles

Victimes consentantes de la soif de l’or

Et tout auréolés du subtil désir de l’amour

Génital et vainqueur qu’on se donne à genoux.

J'ai vogué sur un rêve

J’ai vogué sur un rêve tout de pastels et d’ombres
Une mer violette sous deux soleils citron
Des forêts innombrables aux tout petits buissons
Sous une clarté bleue même aux heures les plus sombres

A mes pieds la fourmi chevauchait la mygale
Tandis que l’ours blanc se savonnait le torse
Reprenant en sifflant la joie de la cigale
Et que l’orage au loin claquait comme une amorce

Les fleurs tenaient conseils sur la couleur à prendre
Le blanc dit l’une la mode étant aux astrologues
Un marin solitaire hésitant à se pendre
On tressa une corde des pages d’un décalogue

Un point d’exclamation promenait sa virgule
Mimant chaque trois pas une gestuelle obscène
En faisant autour d’eux quelqu’étranges émules
L’on me jeta bientôt aux devants de la scène

J’ai soulevé des jupes et attrapé des mains
Des pattes et des griffes des poils et des plumes
Mon corps tiré au sort échut à un pantin
Qui d’un éternuement me partagea son rhume

J’ai tant toussé alors qu’on me déclara mort
La fête fut sublime et tu y fus présente
Mon cauchemar t’a fait rire et tu en ris encore
Mais pour combien de nuits resteras tu absente

Vivre sans toi

Vivre sans toi est un désert je m’y cache pauvre enfant

Pour y chercher en vain la force qu’il me faudra vivant

Pour pardonner à dieu de ne pas exister

Pour accepter enfin tes vœux de mésalliance

Et simplement peut être pour ne pas succomber

A la rouge tentation d’une mort par carence…

Les mères

Nul homme n’est en mesure d’échapper à sa propre liberté.

Nul homme n’a les moyens de divorcer d’avec sa nature.

Nulle femme non plus.

Les mères si.

Les vraies, il y en a peu mais il y en a.

Celles-là ne sont pas libres d’aimer ou non leur enfant. L’amour maternel les a prises toute entière. D’abord doucement, par une légère douleur au bas du ventre, ou par des seins soudains plus lourds, au lendemain peut être d’une étreinte sans lendemain.

Tout doucement mais sans rémission possible, elles ont perdu le droit d’exister pour elle même. Mais ce droit ne leur manque pas, elles l’ont donné sans réfléchir comme elles donnent sans compter.

Elles donnent tout ce qu’elles ont : temps, caresses, rires, sommeil, patience ; et elles deviennent éternelles caresses dans le sommeil impatient de leur progéniture rieuse.

La liberté qu’elles ont transcendée plus que perdue sera comme un second lait maternel. Non comme un sacrifice mais comme une conquête à vivre. Elles n’auront de cesse de les préparer à leur inutilité de maman.

Cette pensée les éclaire malgré la souffrance inévitable. Toute autre pensée les obscurcit et les glace, elles trouveront consolation dans l’épanouissement du petit d’Homme qu’elles portent en elles à tout jamais.

La ferveur de leur amour sans condition les érige en cathédrale autant qu’en maison close. Elles se prostituent à l’amour même, épuisant leurs forces au cadeau infini, parce que sans fin, d’une maternité définitive.

Nourricières qu’on retrouve affamées et exsangues mais repues du don sans lequel elles n’auraient pas vécu.     

Ainsi vont les mères ai-je observé parfois, loin, si loin de mon enfance galvaudée…

~ Extraits de romans et nouvelles

Rue Francis Ponge

Dans un crématorium clandestin, rue Francis Ponge à Châteauroux, pousse un bien drôle de bouquin. Bruno Roy, le gardien bénévole du lieu, en prend le plus grand soin et cela est d’autant plus méritant qu’il ne sait pas lire. Ou plus exactement il sait lire, c’est-à-dire déchiffrer les lettres et les sons, mais les images qu’il associe au résultat sont régulièrement étrangement différentes de ce qu’elles sont dans la réalité d’un dictionnaire.

Prenons par exemple le mot « chemin » qui est comme chacun sait une voie tracée pour mener d’un lieu à un autre. Mais Bruno y voit autre chose. Un jour ce sera un champ de coquelicots, et un autre un hurlement de loup à nuit, ou encore un rire d’enfant qui prend son bain. Le terme chemin signifiant pour lui voie qui le conduit au cœur de son émotion. Il n’y verra jamais une route si ce n’est peut-être la route qui le dirigerait vers un ami ou un amour. Ainsi demander son chemin à Bruno, c’est ouvrir la porte à des questions multiples sur qui l’on est, préalable nécessaire selon lui à une réponse sérieuse, car Bruno est un homme éminemment sérieux.

Et il en est ainsi le plus souvent, ce qui rend Bruno bien solitaire. Notons que le mot solitaire est pour lui un espace qui permet la rencontre de l’autre, ou bien le dernier marron glacé d’un paquet alors que l’on n’est pas rassasié de cette gourmandise.

C’est une chose bien étrange que de participer à la croissance d’un livre. Une chose étrange et difficile tant cela demande d’attention juste. Un livre ce n’est pas un animal, il ne suffit pas de le nourrir de victuailles et de caresses, l’amour ne sert pour ainsi dire de rien, il faut autre chose, il faut de l’intelligence. De l’intelligence et de la bonté. Il faut avoir la bonté de son intelligence et c’est vraiment difficile parce que le niveau d’exigence du livre augmente à mesure que l’on prend bien soin de lui, c’est absolument sans limite et en conséquence absolument vertigineux.

Bruno Roy est aidé dans cette tâche par sa meilleure et unique amie et il précise toujours qu’elle est les deux ce qui pour lui ne va pas de soi.

Déborah Zeigy est juge d’instruction ce qui semble assez malin quand il s’agit de participer à la maturité d’un ouvrage littéraire, même s’il lui appartient d’être juge le moins possible au risque de rendre le dit ouvrage insipide et distillateur de peurs indignes.

Déborah est très jolie aux dires des hommes et de nombre de femmes ayant su régler cette partie précisément de leur égo. Bruno dit d’elle qu’elle est mimosa en fleurs et odeur de brioche, ce qui exprime avec une rare précision combien Déborah est à son goût.

Déborah est jolie et intelligente. Peut-être un peu moins que jolie, mais l’intelligence est toujours relative ce qui relativise d’autant l’affirmation…

Bruno et Déborah rêvent très souvent à voix haute de partir en voyage, mais ce n’est pas possible d’abandonner un livre, et le transporter serait bien trop risqué quand on sait le regard que porterait possiblement sur lui tous les incultes et autres orgueilleux du savoir. Alors ils se contentent d’imaginer des destinations et ajoutent ainsi des pages à chacune de leurs discussions. Ils sont très vigilants à ne pas aller deux fois au même endroit, cela ferait des pages inutiles et des répétions indigestes. Un livre ce n’est pas fait du même bois qu’une discussion entre amis.

Un jour ils ont eu une grosse envie de faire l’amour mais ils ne le sont pas autorisé ne sachant pas trop comment cela serait traduit en verbe et surtout en adjectifs. L’envie n’est jamais revenue mais ils se sont mis d’accord de ne pas se frustrer une fois encore si ce devait être le cas, validant l’un et l’autre que faire cadeau de l’authenticité est une forme de bonté et d’intelligence.

L’authenticité est la couleur de leur binôme et ils voudraient que le livre ait cette même teinte lumineuse, – il dit lune soleil étoiles-.

Aujourd’hui, et pour la première fois, Déborah a expliqué à Bruno qu’elle avait condamné un violeur multirécidiviste à 2 ans de prison ferme. Bruno en a été absolument bouleversé et même un peu révolté. Déborah, droite dans ses bottes n’a vraiment pas compris, et il a fallu qu’il s’explique ou leur amitié en aurait pris un coup.

On ne peut pas condamner un homme, ses actes à la limite. On ne peut pas même juger un homme, et qu’on ne vienne pas me dire qu’un individu est la somme de ses actions, parce que cela n’est pas vrai, que cela ne peut pas être vrai, ce serait par trop limitant -il dit mur de ronces dans la forêt-.

Que la société se protège des malades et des détraqués, et le détraquage humain n’est qu’une forme de maladie plus symptomatique que d’autres, est légitime et nécessaire. Qu’elle se donne le droit de condamner une personne est l’illustration d’un orgueil par nature incommensurable, – il dit attraper les nuages avec un filet à papillons -. Incommensurable et injuste, – il dit métastase à 20 ans -.

Déborah ne sait pas quoi répondre, elle a envie de lui donner raison ne serait-ce que parce qu’elle ne peut pas lui donner tort. Mais c’est douloureux en elle d’admettre un tel renversement de ses croyances et de sa formation. Elle pense avoir conscience des enjeux d’une telle acceptation. Tout va devenir plus difficile pour elle dans son travail et même dans sa vie et de cela elle n’a pas envie, ou si elle en a envie elle ne s’en croit pas la force.

Bruno lui prend la main et elle comprend que ça veut dire qu’il est là et qu’il sera là. Il évoque le courage nécessaire à l’action, – il dit réveil à l’aube du pêcheur – et la justesse de la confiance, – il dit tandem en parachute-.

Alors elle lâche prise brutalement parce qu’elle veut donner de l’ampleur à ce qu’il lui inspire de juste et de bon. Elle devine instantanément qu’il n’y aura pas de retour en arrière, que le socle de ses valeurs primaires vient de vaciller et qu’il n’aura pas d’autre possibilité que de tomber en fracas et que cela certainement ne se fera pas sans bruit et sans poussière.

Alors elle ressent le besoin de se laisser caresser par la pensée en arborescence de Bruno, par ce jeu de croyances qui font l’homme plus beau qu’il ne lui a jamais semblé être, et la vie plus puissante qu’elle ne se l’est jamais imaginé.

Bruno parle d’une voix qu’elle évalue comme sincère et généreuse et cela compense la douceur qu’elle s’attendait à recevoir.

Pieds Nus

Ma première rencontre avec Corinne fut pour le moins étonnante.

Alors que je me rendais, muselière sur le visage dans le strict respect des lois et autres règlements, d’un pas rapide vers la boîte aux lettres du quartier, je la vis s’approcher par un chemin de traverse.

Elle marchait comme on danse, légère et aérienne. Et surtout elle était nus pieds sur la pelouse du bord de route, alors même qu’il avait plu toute la nuit précédente et que la température n’excédait pas les 5°.

Elle avait d’ailleurs des pieds absolument charmants, et l’on devinait plus qu’on ne voyait un vernis bien rose sous la mince pellicule de boue qui s’étendait du bout des ongles à mi chevilles.

Devant mon regard pour le moins interrogatif elle éclata d’un rire franc sous son masque coloré quand le mien était d’un bleu chirurgical.

– Le masque est bien obligatoire mais pas les chaussures, enfin je ne crois pas…

– En effet mais ce n’en est pas moins très surprenant. Ceci dit la boue vous va fort bien ajoutai-je histoire de me sentir moins ridicule.

– Je ne sais pas, sans doute oui, pas pour moi en tout cas qui fait ça tout le temps depuis des années.

– Et vous n’avez pas froid ?

– Non, et soyez bien certain que si ce devait être le cas je me couvrirais les arpions immédiatement, je ne suis pas de nature masochiste. Tout au contraire même, c’est au nom de l’amour que je me porte que je me fais le cadeau de ce contact à la terre. Tu devrais essayer je t’assure.

Elle était passé au tutoiement l’air de rien, avec un naturel déconcertant qui me fit un bien fou. Un peu comme si tout à coup le confinement mental dans lequel je me tenais moi-même enfermé commençait à craqueler.

Nous déposâmes l’un l’autre nos lettres dans la grosse boîte jaune.

J’enlevais mes chaussures.

Suis-moi dit-elle, d’un ton framboise qui n’ouvrait que peu la porte à la contradiction, tandis qu’elle glissait vers un chemin de terre casse-gueule et gras à souhait.

Les petits cailloux me faisaient mal sous les pieds et je m’efforçais, dans la mesure du possible, d’éviter les endroits trop terreux, par pur conditionnement puisqu’il était acquis que j’aurais à me laver et les pieds et mes bas de pantalon de retour à la maison.

Régulièrement elle s’esclaffait devant mes hésitations sautillantes, tandis que l’air de rien nous nous éloignions du chemin principal, et moi de ma maison. Le couvre-feu prenait effet dans une petite demi-heure.

Je me remémorais les contes de mon enfance avec l’ogre qui perd les enfants au détour d’une promenade en forêt. Mais Corinne n’avait rien d’un ogre, elle portait à ravir ses quelques 50 printemps, et je n’avais hélas plus grand-chose de l’innocence de l’enfant. De toutes les manières je crois que j’étais d’accord pour me perdre…

Une petite dizaine de minutes plus tard, le temps qu’il m’avait fallu à renoncer à mes bêtes, parce qu’absolument inutiles, précautions pédestres, nous étions devant un banal pavillon avec jardin.

Corinne ne me propose pas d’entrer, elle m’en intime l’ordre. Immédiatement elle tombe le masque tandis que j’hésite encore un peu sur l’attitude à prendre.

– Tu fais comme tu veux, comme c’est le mieux pour toi je veux dire.

J’enlève le petit bout de tissu qui me couvrait le bas du visage. Je souris et je m’en rends compte avec plaisir.

Elle s’approche de moi et me claque une grosse bise sur chaque joue, qu’elle prend soin d’appuyer et de déposer jusqu’à la commissure des lèvres.

– Moi c’est Corinne, ça fait du bien non ?

Je frissonne. Oui ça fait du bien, et même plus que ça, beaucoup plus que ça. Ne serait-ce que parce que ça fait plusieurs semaines que je n’ai pas embrassé quelqu’un d’inconnu et pas tant que ça de quelqu’un de connu.

– Renaud

– Prends tes aises je vais nous préparer un petit apéro, rouge ou blanc ?

– Je n’ai plus beaucoup de temps mais rouge.

Pour dire vrai je n’ai plus de temps du tout, les lois du moment m’ont enlevé ce temps que je voudrais tellement m’accorder. Si je pars tout de suite, et sous réserve de retrouver ma route au plus vite, il sera 18h et après ce sera 135€ au moindre contrôle. Un peu cher pour un apéro avec une va-nu-pieds…

Je n’ai plus le temps mais je ne me prépare pas à partir. Au contraire. Je me love dans un grand fauteuil club et je profite du concerto de Rachmaninov que Corinne semble avoir commandé depuis sa cuisine.

C’est magnifiquement beau et je suis magnifiquement bien.

Je regarde mes pieds nus un peu moins sales que je ne l’avais craint sans doute du fait d’un petit passage dans l’herbe du devant de la maison. Je les trouve beaux. Vraiment. Alors je regarde mes mains et je les trouve belles, mes doigts de pieds et mes doigts de mains sont beaux. Je ressens que tout mon corps est beau.

Je voudrais être nu pour le regarder.

Alors, avec un naturel déconcertant et totalement inédit je me déshabille, ne gardant que mon caleçon rayé. Je prends mon temps parce que chaque vêtement enlevé me ramène à la beauté de moi.

Mon ventre bedonnant ne me pose pas le moindre problème, pas davantage que la cicatrice qui strie mon genou gauche, et même je trouve superbes et l’un et l’autre.

Corinne est là qui me regarde faire, je la vois qui tient son plateau et qui se tient immobile elle-même pour ne pas briser l’extravagance de l’instant. Elle est infiniment pudique dans son regard qui ne dit rien, rien d’autre que « tu es chez toi, sois libre d’être qui tu es… »

– Merci

Le mot nous échappe de concert comme l’éclat de joie qui lui succède.

J’entreprends de me rhabiller mais c’est à contrecœur ce qui me rend maladroit comme jamais. Corinne s’en aperçoit bien sûr, alors elle se déshabille à son tour avant même que je n’ai eu le temps ne serait-ce que de boucler la ceinture de mon pantalon.

Nous sommes nus, parfaitement nus, et beaux, parfaitement beaux. Il n’y a pas la moindre tension sexuelle entre nous, et nous devinons déjà qu’il n’y en aura jamais.

Corinne remet son masque pour me servir un verre de vin blanc, « désolé je n’ai plus de rouge digne de toi » et pour la première fois en presqu’un an j’aime le masque. Il n’est plus le symbole d’un interdit mais la réalité d’une plaisanterie gourmande et follement intelligente…

Cette nuit nous dormirons ensemble, et il y en aura d’autres, nombreuses, l’un contre l’autre, et souvent cette même magie entre nous, en nous, créée par nous, par notre liberté.

Nus toujours avec simplement sur chaque table de nuit un petit masque pour le cas où la peur de l’autre, toujours aux aguets, nous prendrait par surprise au détour d’un rêve mauvais…

L’assassinat de Thomas Ratike

Hier Thomas Ratike a tué un homme.

Hier Thomas Ratike homme bon, droit, généreux, absolument sans histoire et résolument optimiste de nature, a tué un homme bon, droit, généreux, absolument sans histoire, avec pour seule circonstance atténuante que ce dernier n’avait plus la moindre petite once d’optimisme.

Les faits se sont déroulés ainsi. Précisément ainsi. La précision a toujours son importance dans les affaires criminelles, mais nous dirons que dans le cas présent elle est fondamentale, tant il est certain que l’histoire sera réécrite de manière plus ou moins farfelue si pas franchement malhonnête, ce qui n’est pas tant un oxymore qu’on pourrait le croire.

Chaque jour depuis de nombreuses années, pour dire vrai depuis sa retraite il y a précisément 11 ans, 9 mois et 21 jours à la date d’hier, chaque jour donc Thomas Ratike, homme bon, droit, généreux, absolument sans histoire et résolument optimiste de nature fait sa promenade matinale.

Toujours la même, et toujours sensiblement à la même heure. Quelle que soit la météo et quelle que soit son humeur, par ailleurs relativement égale il faut bien le dire, il effectue le même trajet, à quelques légères variantes près. Ne change guère que sa tenue vestimentaire, qu’il adapte bien plus à la température qu’à une fantaisie que nul ne lui a jamais connue, malgré un sourire bienveillant et sincère, rarement démenti.

Il commence toujours par aller voir sa voisine, Madame Bilotte, afin de récupérer son chien qui serait à lui seul une motivation à la promenade.

Vidocq est un batard de chien, court sur pattes et tout couvert de poils gris blancs qui le font plus mignon que beau. Il est attachant par sa joie permanente et communicative, résultat des bons traitements de tous les voisins et de son ADN, qui sans doute est celui d’un chien heureux de vivre.

Thomas dit à qui veut l’entendre – il ne parle que rarement à quelqu’un qui n’en aurait pas le désir, ce qui témoigne d’une grande sagesse convenons-en – que Vidocq et lui sont amis pour la vie.

Thomas Ratike est un homme bon, droit, généreux, absolument sans histoire et résolument optimiste de nature qui ne croit pas avoir jamais eu d’enfant. Il reste néanmoins prudent sur ce point, n’étant pas en mesure d’être affirmatif sur la question. Il ne fait aucun doute que Thomas Ratike, d’origine italienne, a dû avoir bien du charme dans ses jeunes années. Aujourd’hui encore il pourrait s’adonner avec succès au jeu de la séduction, et il est fort à parier qu’il y gagnerait plus souvent qu’aux échecs, étant hostile aux jeux sur plateaux.

Le fait est que Thomas, s’il a eu des enfants, ne les a jamais vus, et que donc il n’en a jamais éduqués. Il les aime pourtant profondément et c’est une blessure aujourd’hui refermée mais dont il n’a jamais caché la cicatrice.

Il n’a jamais eu d’animaux, qu’on dit de compagnie et de qui trop souvent nous sommes les compagnons, non plus, trop pris qu’il était durant ses années de vie professionnelle par un rythme tout en voyages et en déplacements lointains, et comblé par Vidocq depuis la fin de celle-ci.

Donc Thomas Ratike, homme bon, droit, généreux, absolument sans histoire et résolument optimiste de nature vit seul dans une grande et très jolie maison dans la plus riche banlieue de Strasbourg. Il a hérité de cette belle demeure à la mort de ses parents, une quinzaine d’années avant l’histoire qui nous préoccupe, dans un accident de voiture, une bête plaque de glace en sortie de forêt un soir de novembre.

Il aurait pu vendre mais l’idée ne lui en est simplement jamais venue. Et comme il n’a jamais eu besoin d’argent il n’a jamais déménagé.

Thomas Ratike n’est pas à proprement parler un homme riche mais l’on pourrait dire qu’il n’a et n’aura jamais besoin de compter son argent ni de restreindre ses dépenses, d’autant qu’il est bien peu dispendieux puisque sans désir particulier, au moins en termes consuméristes.

Ses longues promenades en forêt, la fréquentation assidue des meilleurs auteurs et celle plus sporadique de la jeune garde littéraire, la musique depuis le fauteuil de son salon ou depuis sa terrasse, suffisent réellement à sa paix intérieure et à un sentiment de liberté.

La liberté est d’ailleurs la grande affaire de la vie de Thomas Ratike. Il la considère plus comme un synonyme du bonheur et même de l’amour que comme des moyens possibles d’atteindre à ceux-ci. Il n’a nul besoin de fantaisie pour se sentir libre, pas plus que de grands voyages, simplement savoir que son seul choix et son seul libre arbitre font ses décisions suffit à ce sentiment intense et nécessaire, comme l’est l’air qu’il respire et l’eau qu’il boit.

Comme Thomas est un garçon intelligent, il admet volontiers que ce qu’il croit être sa liberté n’est peut-être que réponse à des conditionnements, mais au moins comme cela est impossible à démontrer, il continue à se sentir libre et de ses pensées et de ses gesticulations, qu’il prend cependant bien soin de définir comme telles.

Car, et cela pourrait paraître étrange à qui ne le connaitrait pas intimement, la liberté que revendique Thomas Ratike n’est pas qu’une question philosophique. Si quelqu’un devait demain s’étonner qu’il ne soit pas simplement préoccupé par l’aspect intellectuel de la liberté, nul doute que Thomas le renverrait dans les cordes avec détermination en évoquant l’incarnation humaine qui, justement, permet d’expérimenter aussi tous les possibles dans le mouvement de cette déambulation, si illusoire peut-être mais à l’illusion si bien rendue.

Mais revenons aux faits.

Hier matin donc, Thomas Ratike a été sonner chez sa voisine Madame Bilotte, à 9h30 très exactement. Celle-ci lui a offert un café qu’il a accepté avec plaisir malgré le confinement et les nombreux interdits liés à ce satané virus qui semblait vouloir se montrer contrariant, bien moins cependant que les mesures imposées pour en venir à bout. Ils prirent soin tous deux de se tenir à une respectable distance l’un de l’autre et ne se firent exceptionnellement pas, encore que l’habitude avait été prise d’agir ainsi depuis déjà plusieurs semaines, la bise chaleureuse qu’ils s’inspiraient l’un à l’autre.

La discussion, ainsi que le confirmera plus tard la bien inutile enquête de police, tourna quasi exclusivement autour de ce confinement qui n’en finissait pas et des mesures prises par ces maires zélés, peut-être pour certains du fait de leur élection récente, qui, au mépris des lois de la République, ajoutait des interdits aux interdits. Ils furent bien d’accord pour juger inacceptable, et plus encore inquiétante cette décision de l’édile du village de Sanary-sur-Mer qui avait imposé un périmètre de sortie limité à 10 petits mètres autour de son habitation, en plus de l’interdiction de n’acheter qu’une baguette à la fois à la boulangerie du coin. Et le fait que de telles décisions furent rapidement jugées contraires à l’état de droit n’avait pas su les rassurer complètement.

Par chance pour Vidocq il n’en était pas de même dans la banlieue tranquille où ils demeuraient paisiblement. La promenade démarra, comme à l’accoutumée, aux alentours de 10h dans la joie gambadante du toutou.

Madame Bilotte fut surprise lorsqu’elle entendit les jappements de Vidocq peut avant 10h30, ce qui n’était pas seulement extraordinaire mais totalement inédit. Elle était en cuisine et se promit d’appeler Monsieur Ratike plus tard dans la journée, pour avoir une explication sur cette entorse à l’habitude.

Elle n’en aurait pas le temps et devrait attendre d’ouvrir sa boîte aux lettres le lendemain matin pour avoir le fin mot d’une histoire qui la laisserait dans une détresse plus douloureuse encore qu’au décès de son mari pourtant aimé sincèrement durant près de 30 belles années.

Pascale,

Permettez ma chère Pascale que je vous appelle par votre prénom, et permettez surtout que je n’attende pas votre autorisation pour céder à ce petit caprice.

Je devine combien vous avez dû être surprise de voir revenir Vidocq si tôt après notre départ tout à l’heure, et comme je ne veux pas que vous vous imaginiez tout ou n’importe quoi et comme je ne serai plus là pour vous le raconter, voilà l’exacte vérité sur les raisons de la chose.

Après ce délicieux café que vous m’avez offert – vraiment cette marque est bien meilleure que la précédente je vous invite à lui être fidèle – nous sommes donc partis légers Vidocq et moi. Les pluies de la semaine passée m’ont incité à prendre le chemin des tilleuls pour éviter de possibles boues au niveau de l’étang. Si contrariants que puissent être les faits que nous avions évoqués ensemble je tiens à vous dire que j’étais pleinement joyeux encore à cet instant précis. Je laissais mes pensées vagabonder avec délice dans le silence du matin. Et puis un bruit étrange vint perturber mes pérégrinations d’esprit. On aurait dit un hélicoptère mais ce n’était guère qu’un drone. Un de ces petits appareils imbéciles et sans imagination qui donne la possibilité à des gamins de jouer aux agents secrets. Je n’y ai pas prêté beaucoup d’attention et il est reparti très vite. J’en ai simplement déduit que la promenade d’un vieil homme avec un chien était absolument sans intérêt pour quiconque. Je me trompais lourdement sur ce point.

Il ne fallut guère que 5 minutes pour qu’une voiture de la police municipale se porte à notre hauteur et qu’un individu tout de bleu vêtu m’explique que le drone était une idée et une acquisition récente de la mairie pour surveiller au mieux la population.

J’étais à ce point sidéré que je n’ai pas su quoi dire et que je suis resté silencieux. L’un des occupants m’a alors demandé ce laisser-passer aujourd’hui obligatoire pour aller simplement faire pisser son chien.

Si vous vous souvenez je l’avais préparé depuis chez vous, ayant un petit problème d’imprimante à la maison et ne souhaitant pas faire appel à une application sur mon téléphone portable.

J’ai donc tendu mon précieux sésame, avec une boule au ventre indescriptible ; malgré mes sorties quotidiennes c’était mon premier contrôle. Le document fut scrupuleusement analysé et je sentis une pointe de déception chez mon interlocuteur de n’avoir rien à y redire. Son collègue jusqu’alors silencieux me demanda une pièce d’identité. Je n’en avais pas. Je n’avais tout simplement pas pensé à en prendre une, en dehors de mon permis de conduire que je laisse dans ma boîte à gants, je n’en ai jamais sur moi.

Je vous passe les détails et un énervement qui me fit monter dans les tours et dont je confesse avoir un peu honte maintenant, simplement j’en ai été bon pour une amende de 135€.

Les choses auraient pu en rester là et je vous aurais exprimé ma révolte et vous m’auriez généreusement, et je veux croire sincèrement, donné raison.

Mais il ne pouvait pas en être ainsi !

A peine les deux cow-boys hors de vue, je me suis vidé intégralement de mon petit déjeuner. Je jugeais la situation à vomir et mon corps ne mit pas longtemps à me prouver qu’il était absolument d’accord avec moi. C’est ce qui a précipité mon retour. J’avais le besoin urgent de m’allonger et d’analyser ce qui m’avait à ce point perturbé les boyaux.

Vidocq n’a posé aucune question et c’est sans joie que nous avons fait demi-tour.

Je n’avais pas même le cœur de venir vous voir pour m’épancher auprès de vous, uniquement un immense besoin de solitude immédiate.

Donc je suis rentré chez moi et je me suis posé sur le canapé en proie à un tourment qui ne diminuait pas, même si les douleurs viscérales avaient fait place à une terrible nausée.

 J’ai pris le temps de relier entre elles toutes mes révoltes des derniers jours et des dernières semaines, j’ai créé du lien entre les choses et les discours autoritaires de nos politiques et j’ai vu l’ombre de la bête se dessiner distinctement dans des lendemains que je refuse de vivre. J’ai senti avec acuité le poison de la tyrannie couler tout autour de moi.

Il n’en fallait pas davantage, mais comment pourrait-il y avoir davantage, c’est-à-dire pire que cela, pour qu’une décision s’impose à moi. Entendez bien ma si chère Pascale que je n’ai pas pris de décision, me contentant d’être le jouet de mes sentiments les plus violents.

Je vous souhaite tout le bonheur possible dans le monde de demain, et vous allez me manquer soyez-en certaine. Présentez mes excuses à Vidocq qui devra trouver un autre meilleur ami. Moi je ne peux pas continuer, je ne peux pas vivre, ni demain ni après, c’est au-dessus de mes forces et au-dessus de ma volonté. J’ai déjà tellement mal d’avoir à vivre cet aujourd’hui nauséabond.

Je n’ai pas connu la guerre mais je ne crois pas que j’aurais été un vaillant soldat. Je ne suis pas un combattant de la liberté, ma seule lutte aura été de la vivre et de ne pas prendre le risque insensé de lui survivre.

Je vous embrasse Madame Bilotte et je vous fais l’amour Pascale, parce que cela fait longtemps que j’en ai envie et qu’il n’est plus temps de nous refuser nos faveurs.

Prenez soin de vous, veillez à ne mettre jamais de masque autrement qu’à carnaval. La mort n’est pas grand chose eu égard à la vie, n’ayez autant que possible pas peur de l’une au point de vous protéger de l’autre.

Je vous aime…

Lorsqu’on retrouva le corps, suite à l’appel de Madame Bilotte le lendemain à l’heure du courrier, de Monsieur Thomas Ratike, homme bon, droit, généreux, absolument sans histoire et résolument optimiste de nature, il était intégralement nu.

Le médecin légiste constata qu’il s’était masturbé avant de se tirer une balle dans la tête avec un revolver dûment enregistré auprès des services de la Préfecture de Strasbourg.

Il y avait sur la table du salon un chèque de 135 € à l’ordre du Trésor Public et un billet d’un rose fuchsia bien anachronique sur lequel était écrit en tout petits caractères : HEUREUSE LIBERTÉ.

Les baleines ont le sang bleu

Certainement il aurait été légitime et même logique que Landry soit grandement affecté, voire même effondré par la nouvelle de son cancer, cependant qu’il semblait être d’une grande sérénité. Capucine lui avait pris doucement la main et de son index caressait le dos de la sienne, marque plus appuyée qu’à l’accoutumée pour bien signifier plus que sa présence, son absolu et indéfectible soutien. Elle ne savait comment reprendre la discussion. Depuis la sortie du cabinet médical ils n’avaient pas échangé une parole et, pour elle au moins, le silence devenait pesant. Déjà elle ne vivait plus cela comme du silence tant un flux continu de paroles submergeait son cerveau infiniment absent aux réalités physiques de l’instant, sa caresse même tendait à devenir machinale.

Au moment où elle allait se lancer, briser enfin, après pas loin d’une heure de promenade en boucle dans le minuscule parc de l’hôpital, le mutisme de Landry, c’est lui qui prit la parole. Il avait dû sentir dans sa chair la prise d’élan, la respiration soudain plus forte de celle qui va ouvrir la bouche pour toute autre chose qu’un baiser qu’il aurait pourtant volontiers accueilli.

« Pas tout de suite, laisse-moi profiter encore un peu du chant des oiseaux ».

 Il avait dit cela sur le même ton qu’il aurait pu le dire la veille mais cela provoqua chez Capucine l’immédiate montée d’un océan de larmes qu’elle laissa couler sur ses joues en reniflant sans pudeur, comme l’aurait fait un enfant, négligeant l’usage du mouchoir, libérée de la contrainte sociale par une souffrance trop grande et impossible à contenir.

« C’était inévitable n’est-ce-pas ? Cela aurait été trop injuste que ne me soit donné toujours que le meilleur tandis que tant d’autres… »

Elle le coupa brutalement :

« Comment cela que tout te soit toujours donné, et ta sensibilité d’enfant battu, et ton père paralysé, et ta sœur cinglée ? »

« Et ma calvitie précoce » ajouta-t-il dans un grand éclat de rire qui n’avait rien de factice. « C’est curieux je n’ai jamais su reconnaître le chant des oiseaux, ni leur nom d’ailleurs, c’est ennuyeux ce problème de mémoire, tu ne trouves pas ? »

Non elle ne trouvait pas, et particulièrement pas maintenant. C’est vrai qu’il ne retenait pas le nom des oiseaux, ni souvent celui des gens d’ailleurs, mais il appelait les uns et les autres par des prénoms qu’il trouvait leur aller bien, et les uns comme les autres en semblaient ravis, le plus souvent. Elle avait quant à elle une mémoire extraordinaire, et pouvait énoncer sans presque d’erreurs l’ensemble des os du corps humain, et réciter une pléthore de maladies qui pourtant ne l’avaient jamais concernée ni de près ni de loin. Elle fixa, sans le faire vraiment exprès, son attention sur la recherche du nom savant de ce type de tumeur maligne. Elle savait qu’elle le savait mais ne parvenait pas à trouver la juste locution, et cela ne manquait pas de l’agacer singulièrement.

D’un coup il s’échappa et d’un bond quitta le chemin tracé, enjamba la barrière et revint quelques secondes plus tard avec une pâquerette au port de tête à la limite de l’arrogance.

« Pour célébrer le printemps mon amour. Considère qu’il s’agit d’un bouquet mais je n’ai pas voulu en prendre davantage de crainte de modifier le paysage ».

Autour d’eux le gazon était à peine visible, caché par la déflagration colorée du printemps en milliers de fleurs des champs minuscules.

Elle sourit, il fit de même, et le baizer d’alors avait la même saveur que celui échangé deux heures auparavant à la faveur d’un feu rouge. Ses larmes redoublèrent d’intensité, il les essuya d’un revers de chemise et s’amusa, polisson, de son regard réprobateur.

Sur le chemin du retour ils n’échangèrent pas une parole, et cela n’était pas si fréquent dans ce couple de bavards. Elle pensa à mettre la radio mais de crainte de tomber sur une publicité inepte elle s’abstint et se contenta d’ouvrir la vitre juste pour faire entrer du bruit. A peine arrivés à l’appartement il prétexta d’avoir à mettre les bouteilles de verre dans le container ad hoc devant l’immeuble pour ressortir. Elle ne chercha pas à le retenir, presque soulagée d’être seule pour ouvrir en grand les vannes de ses glandes lacrymales. Elle n’y parvint pas. La douleur s’était déplacée de la tête vers le thorax, une douleur à tomber, à hurler, une douleur à vomir. Et elle chancela, se rattrapa à une chaise et se précipita dans les toilettes, où la tête enfoncée dans la cuvette, elle autorisa, sans d’ailleurs la moindre chance de pouvoir se soustraire à la chose, son trop plein de souffrance à s’échapper par spasmes et autres hoquets. Lorsqu’elle se releva enfin, vidée et souriante de ce vide en tout point préférable au déchirement de sa cage thoracique, la nuit était tombée. Elle se laissa choir sur le canapé et avant d’avoir même saisi la télécommande de la télévision, elle dormait.

Une fois de plus le container était plein et de nombreux cartons, débordant de flacons en tous genres, envahissaient déjà le trottoir. Avec en prime une bonne dizaine de bouteilles brisées sur le sol, sans doute par des gamins désœuvrés, quelques caillasses venues d’on ne sait où, mais les joueurs ont de la ressource, en étaient les indices inutiles. Bêtement la mairie avait interdit les jeux de ballon dans la rue. Il prit pour lui-même l’engagement d’un vote sanction lors des prochaines consultations, il y a des limites à l’acceptable tout de même.

Voyons, on a voté, enfin les autres, les bons citoyens, en 2009, ah non ça c’était les régionales ou les européennes, les municipales c’était en 2010, donc 2010 plus 5 ça fait 2015. Merde encore 4 ans à vivre, minimum, pour participer à l’éviction du crétin gameophobe – néologisme dont il fut fier instantanément – de l’hôtel de ville, pas gagné. Ou alors la solution c’est de tuer le maire juste avant le stade ultime de la maladie. Jouissif ! Si l’on y pense c’est quand même incroyable qu’il n’y ait pas davantage de meurtres de responsables politiques quand on sait le nombre de morts des suites de longue maladie chaque année, et le nombre sans doute supérieur de déçus, si pas de victimes, de ces incompétents au pouvoir ; au moins aussi efficace que de voter pour la Marine ou l’ultra gauche de Mélenchon ou ces abrutis d’écolos pseudos apôtres de la décroissance. Il effectua un savant calcul de probabilités, bien que totalement conscient qu’il lui manquait à peu près tous les chiffres pour un semblant de précision, et arriva à la conclusion qu’il n’était décidément pas possible qu’on tuât si peu dans ce pays. A moins que les médecins -seule profession à être augmentée chaque année soit dit en passant aurait confirmé avec plus de jalousie que d’ironie Capucine- en connivence avec le gouvernement, ne soient chargés de maintenir l’espoir jusqu’au bout, et une fois au bout il y a mieux à faire sans doute que d’occire les élus de la nation, encore que…

Ces élucubrations lui avaient ouvert l’appétit. Il tâta la poche de son pantalon et fut ravi d’y sentir son porte-monnaie. La seule chose qui lui faisait vraiment envie était une énorme côte de bœuf saignante sauce roquefort, et comme un fait exprès le restaurant était de l’autre côté de la rue, cependant qu’il en avait mangé une deux jours auparavant. Il s’efforçait de limiter sa consommation de viande rouge suivant en cela les conseils certainement avisés, puisque désagréables et résolument restrictifs, de sa nutritionniste. En même temps au vu du discours de l’oncologue, à quoi bon se limiter dans les plaisirs, il n’en avait que faire de mourir en bonne santé, d’ailleurs il n’était déjà plus en bonne santé, et ne le serait vraisemblablement plus jamais.

« Si l’on m’annonçait que la fin du monde était pour demain, je planterais quand même encore un pommier ». Merde même aujourd’hui il fallait que sa conscience le connecte à l’espérance, merde au cancer et merde à Luther King, et en route pour le menu darne de saumon salade verte.

En sortant du restaurant il eut la désagréable, parce que froide et inattendue, surprise de constater qu’il pleuvait. Une bonne averse de printemps qui certainement ne durerait pas, mais son désir de rentrer, de retrouver Capucine, de la rassurer, même si de fait la réalité n’avait rien de rassurant, de la blottir tout contre son torse, avait pris de la place en lui tout au long du triste repas. Il avait même renoncé au café gourmand compris dans le menu pour répondre plus vite à l’impérieux de ce désir.

Il traversa donc la ville d’un pas décidé plus que vraiment rapide. Ce ne fut qu’une fois devant l’ascenseur qu’il eut peur pour la toute première fois depuis l’annonce de son cancer. Pas pour lui, il se croyait fort et était convaincu d’avoir dépassé la crainte de la mort et même celle, ô combien plus terrifiante, de la maladie. Non il eut peur pour elle, peur que son courage incertain de femme aux enfants déjà adultes et aux parents déjà morts, ne soit pas à la hauteur des difficultés à venir.

Il lui fallut quelques minutes avant de pousser la porte de l’appartement avec un sourire qu’il savait n’être pas que de façade. L’entrée donnait immédiatement dans le salon plongé presque entièrement dans le noir de la nuit, seul le bouton veille de l’ordinateur diffusait une clarté verte qui le fit la voir endormie sur le canapé. Il se débarrassa de sa veste trempée, de ses chaussures boueuses, il avait coupé par le chemin de derrière de la rue Montesquieu pour rentrer plus vite, et s’assit doucement près d’elle. La banquette était trop étroite pour qu’il pût s’allonger, et il n’était pas question de la réveiller pour lui proposer la chambre et le lit accueillant.

Il savait trop bien qu’une fois éveillée le risque était grand qu’elle ne parvienne pas à se rendormir, qu’ainsi il allait falloir affronter et son chagrin et ses questions, et pourtant la nuit ne durerait pas toujours, et on n’avait jamais vu un cancer tuer en quelques heures. Il y aurait donc inévitablement un réveil et des mots et des phrases et des points d’interrogation et des points d’exclamation et bien peu de points de suspension. Habituellement il aimait parler avec elle, et même la confrontation de leurs intelligences, de leurs sensibilités, le partage de leurs connaissances autant que celui de leurs points de vue qu’ils s’amusaient à rendre plus différents qu’ils ne l’étaient véritablement, leur donnaient un plaisir qu’ils prenaient sur l’oreiller les jours de grasse matinée, et qui valait bien celui du sexe.

Il ferma les yeux et pleura à l’idée que peut être, bientôt, et, se laissant bercer par une projection de nostalgie il s’endormit avec l’espoir de la rejoindre dans un rêve, il savait cela possible.

Mais, que cela soit du fait d’une position par trop inconfortable ou de quelque chose de plus inconscient, Landry fut bien incapable d’aller jusqu’à l’aube. L’engourdissement de son épaule lui fit retrouver ses esprits brutalement et s’en suivit un mouvement un peu vif pour se mettre davantage à l’aise, ce qui ne manqua pas d’éveiller Capucine.

Ça va ? demanda-t-il d’une voix qu’il aurait voulue fort douce et qui sortit de lui, gutturale et ténébreuse comme dans un vieux film américain, elle éclata aussitôt d’un rire sonore. S’en suivit un long quart d’heure de franche hilarité, aucun d’eux ne parvenant à dire quoi que ce soit d’intelligible. Toute velléité de phrase cohérente se fracassait inéluctablement contre cette gaieté qui dressait comme un mur entre le fantôme insaisissable et invisible de la maladie de Landry, et le fait avéré du bonheur d’être ensemble pour affronter ce qui n’était encore qu’un spectre qui aussi bien ne survivrait pas, n’oserait pas survivre, à la joie de leur amour.

Landry n’était pas homme à abuser du chagrin, particulièrement pas de celui des autres, et, après avoir réussi à s’extirper de leur fou-rire pour aller jusqu’à la cuisine, en se tenant le ventre et en maugréant contre son manque d’abdominaux qui lui faisait la joie presque douloureuse, ce qui eut pour effet immédiat de la relancer pour un tour, afin de chercher une bouteille d’eau, il proposa simplement qu’ils fassent l’amour.

Il avait coutume, et cela la ravissait à chaque fois de manière égale cependant que renouvelée, de considérer son sexe et ses seins comme des lieux de divertissements supérieurs et, à ce titre au moins, nécessaires.

Faisant fi d’un déshabillage sensuel elle s’était dévêtue avant qu’il eût achevé de se désaltérer et déjà elle le chevauchait négligeant qu’il fut pour sa part encore tout habillé. Elle termina une procession de minuscules baizers dans le cou et sur la gorge parce qu’ils avaient pris l’habitude d’appeler la visite de cousine Oustine, soit un immense baizer où se mélangeaient ardemment leurs langues respectivement dans la bouche de l’autre. Il lui caressa la poitrine à pleines mains avant de glisser un doigt jusqu’à son sexe ouvert, qu’il devinait humide, et espérait liquide, pour nourrir son propre désir, pas totalement en phase, ce bien que la proposition vienne de lui et qu’intellectuellement il lui semblait sincèrement qu’une petite partie de jambes en l’air était le plus indiqué en de pareilles circonstances, même s’il n’avait jamais eu à faire à de pareilles circonstances.

Mais, malgré l’habileté des caresses, il connaissait parfaitement, pour les avoir maintes fois explorés, ses points de rupture, elle ne mouillait pas. Rien pas même un début de suintement salvateur. Il n’insista pas longtemps, et même se retira vivement tandis qu’elle se tortillait en tous sens dans une gestuelle qui se voulait encouragement à ne surtout pas cesser. Il se contenta de lui sourire doucement et de respirer avec intensité sa nuque après avoir relevé très lentement la chevelure ébouriffée « tu sens la crêpe » dit-il après plusieurs inspirations.

« Je sais. Ou plus justement je sais que toi tu trouves que je sens la crêpe, tout comme je sais que personne, pas même moi, ne sentira jamais la crêpe à cet endroit, que cette odeur est le fruit de ton imagination, ou pire encore de ton amour, et qu’en réalité pas même une bretonne pure souche n’a jamais senti la crêpe dans le cou, et c’est justement parce que je sais que je ne sens pas la crêpe et que je sais aussi que ma langue ne s’appelle Oustine que par la magie de notre complicité, c’est parce que je sais tout cela que je tremble de te perdre et que si j’ai follement envie de faire l’amour avec toi, mon corps refuse ce que je lui demande, trop peur que ce soit la dernière fois, ou bien trop peur de t’abîmer ou bien trop peur de je ne sais pas quoi, mais une putain de saloperie de peur dont il faut bien que je te l’avoue si je ne veux pas mourir tout de suite de désespoir, et maintenant allons nous coucher. »

Elle avait dit tout cela sur un ton neutre mais qui contenait en creux toute la maîtrise sans laquelle elle éclaterait en larmes, et avant qu’il ait pu même esquisser la plus petite des réponses elle avait quitté la pièce presque en courant, et le priait depuis la chambre de penser à prendre la bouteille d’eau.

Ils finirent la nuit enlacés, cherchant dans chaque micro coupure de sommeil la présence physique de l’autre, et sans agitation particulière, tout juste si une fois Capucine exprima quelque chose à haute voix, mais cela lui arrivait quelquefois alors qu’elle était très fatiguée ou un peu préoccupée par un patient ou une pathologie difficile.

Elle ouvrit les yeux la première et resta immobile un long moment, non pour ne pas le réveiller, Landry avait cette faculté de ne sortir de sa torpeur qu’une fois qu’il avait suffisamment dormi, mais pour refaire venir à la surface les rêves qu’elle pressentait avoir faits et dont pas une image ne lui était revenue d’emblée au réveil.

Mais ses efforts étaient sans cesse parasités par le fait qu’il était là, vivant et chaud, avec sa respiration paisible, vivant et condamné. Elle l’aimait et le répétait sans cesse en silence, dans une litanie de « je t’aime Landry chéri » qui la faisait sourire et dont elle ne doutait sincèrement pas qu’il devait les recevoir d’une manière ou d’une autre.

Bientôt elle n’eut plus le souci de ses songes, si ceux-ci ne jugeaient pas utiles de se donner à la conscience, et bien qu’ils restent à leur place, aimer était une histoire suffisante, un discours achevé, et ce qu’elle ressentait n’avait pas besoin des subterfuges de la métaphore pour être vrai. Elle était heureuse ! Heureuse égoïstement, heureuse et presque joyeuse même, et même heureuse d’être joyeuse dans son bonheur.

Elle était heureuse qu’il soit là, mais il avait toujours été là à chaque heure difficile de ces cinq dernières années, bien qu’il en fût cause quelquefois, heureuse surtout d’être là pour lui ; heureuse de pouvoir enfin lui prouver son attachement, son amour absolu, sa tendresse sans limite.

La sensation était si forte, un peu comme au jour de la naissance de sa fille après plus de 6 heures d’un accouchement particulièrement difficile et d’une grossesse dont les 4 derniers mois avaient été particulièrement éprouvants, qu’elle se mit à trembler. Un petit tremblement de feuille agitée par un vent du soir, pareil à celui qui fait frémir le grand saule du jardin à la tombée du jour en été. Il eut certainement suffi d’un geste pour se débarrasser d’un même coup et de l’imperceptible frémissement et de ses peu orthodoxes pensées, mais ce geste aurait signifié la fin d’un plaisir qui la prenait toute, et depuis leur rencontre elle veillait, sur ses conseils et son exemple, à ne jamais interrompre, pour rien au monde, un plaisir.

« Ne jamais réprimer, quelques soient les circonstances, ni ses rires, ni ses larmes de joie, ni ses érections ! » Bien que peu concernée par les érections elle tentait au quotidien de faire taire sa paranoïa aigüe du jugement des autres, pour appliquer au mieux la maxime de son tant aimé.

Nouveau départ

Aussi surprenant que cela puisse paraître, et même aussi surprenant que cela soit véritablement, Costraphie Mephylas n’avait jamais eu à souffrir de l’étrangeté de son prénom, pas davantage qu’elle n’avait eu à subir la moindre raillerie du fait qu’il soit à rallonge et présent dans absolument aucun calendrier, pas même sous une forme approchante.

Pour tous et depuis toujours Costraphie Mephylas était Costraphie Mephylas ! Aussi elle fut bien surprise, et pas désagréablement, quand, alors qu’elle avait encore la bouche pleine de sa virilité, son amant du jour lui fit le présent compliment qu’elle savait sincère : Costraphie tu suces comme une reine, et je m’y connais. Elle aurait bien voulu lui demander si c’était en fellation ou en têtes couronnées qu’il était expert, mais l’instant ne se prêtait guère aux questions…

Elle a rencontré Serge le soir même chez des amis communs et ils se sont immédiatement connectés l’un à l’autre du fait de leurs deux intelligences libérées et joueuses.

La soirée s’est rapidement présentée comme barbante et ils décident de la finir ensemble dans un cadre plus intime et certainement plus agréable.

La tension sexuelle sur le trajet qui les ramène à son appartement est telle qu’ils ne peuvent que se jeter littéralement l’un sur l’autre à peine le pallier franchi.

Les choses se passent bien banalement mais cela ne les contrarie ni l’un ni l’autre, étant entendu qu’ils auront bien le temps dans les années futures d’expérimenter l’originalité dans ce domaine comme dans tous les autres.

Apaisés ils se décident à faire connaissance en commençant classiquement par s’interroger sur leur profession réciproque.

Costraphie Mephylas se présente comme une fabricante professionnelle de problèmes. Elle est en charge, payée pour ce faire par l’Éducation Nationale s’il vous plait, de rédiger des énigmes mathématiques pour collégiens et lycéens. Celles-ci devant tout à la fois être accessibles au plus grand nombre et cependant avec une certaine dose de complexité, histoire de ne ridiculiser ni le corps enseignant ni le corps apprenant « qui n’a pas besoin de ça » ajoute-t-elle, sans préciser si elle parle de l’institution ou des élèves.

Serge lui se présente humblement comme coupeur de bois quand il est directeur général de la plus grande scierie de la région.  

Elle annonce n’avoir, à son grand regret, pas d’enfant. Il lui confesse, avec un regret équivalent, n’avoir dans le domaine aucune certitude absolue.

Elle lui dit aimer le bleu et les jacinthes d’eau, il lui confie son goût pour la neige en tempête et pour les héliotropes en fleur.

Elle aime la mer par-dessus tout. Il n’aime pas la sienne et ne jure que par la forêt et les grands arbres.

Mozart et Bach regardent de bien haut Miles Davis et Freddy Mercury.

Proust et Baudelaire font face à Yourcenar et Saint Exupéry.

Et plus ils se révèlent l’un à l’autre plus ils s’amusent de constater qu’ils ne sont d’accord sur rien si ce n’est sur le fait de célébrer ces désaccords multicolores.

La nuit entière n’est plus qu’un immense combat tout ponctué de rires en cascades et de baisers en rafales. 

Ils s’aiment infiniment, c’est une évidence qui sauterait aux yeux de n’importe qui et qui de fait leur saute aux yeux avec une pareille clarté éblouissante.

Il n’est déjà plus temps d’avoir peur si toutefois il doit y avoir un temps pour la peur. Là-dessus ils ne partagent pas non plus le même avis. Mais cela n’a pas d’importance. Aucune !

Demain elle donnera congé de son appartement quand lui mettra en vente et sa maison et son entreprise. Demain parce qu’attendre davantage serait une offense faite non à leurs sentiments mais à l’amour même. Demain simplement parce qu’il est trop tard pour le faire encore aujourd’hui, au moins ils le pensent ainsi, et sur ce point ils sont étrangement d’accord. Il y a toujours des croyances limitantes…

Ils ne savent pas où ils iront mais aucun doute ils iront ensemble, toujours et en toutes circonstances, ensemble. Son noviciat s’achève ce soir, elle sera sa reine, sa reine intégrale et sans restriction, reine de son quotidien et de son absolu, c’est de son seul royaume qu’elle sera experte.

Ils n’avaient pas prévu de se lancer ainsi dans l’urgence dans une nouvelle vie. D’ailleurs il n’y a jamais de nouvelle vie, c’est une illusion de laquelle ils sont revenus et l’un et l’autre.

Cette similitude de vue, la seconde en quelques minutes les fait joyeux davantage, mais rien ne dit que l’inverse les aurait attristés un tant soit peu.

Simplement ils vont se faire le cadeau insensé, pour quiconque ne place pas la déraison au pinacle du sentiment d’amour, d’un nouveau départ !

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